Maliens par David Mahut, Sociologue, Chercheur au CESSA

Les Maliens migrent peu en dehors de l’Afrique. Leurs principaux pays d’émigration sont La Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Sénégal et le Gabon, etc. Les Maliens de France sont les plus nombreux en Europe. La majorité est originaire de la région de Kayes, frontalière avec le Sénégal et la Mauritanie. Les conditions de vie dans cette zone aride et désertique poussent, depuis les années 1960, des milliers de personnes vers la France pour subvenir aux besoins de leurs proches. A partir des années 80, les profils sociologiques des migrants maliens ne cessent de se diversifier. Ces profils se composent non plus seulement d'hommes, de ruraux ou d'ouvriers spécialisés, mais aussi - et de plus en plus - de femmes, de familles et de jeunes citadins ayant souvent un niveau de qualification plus élevé que leurs prédécesseurs (avec par exemple des diplômes allant du baccalauréat au doctorat). Les hommes seuls originaires des villages du Mali ont plutôt tendance à vivre dans les foyers d'immigrants, notamment en Île de France. En revanche, des familles sont logés dans des appartements et le plus souvent en HLM. Beaucoup viennent légalement en France, entre autres par le regroupement familial, mais malgré le durcissement des politiques migratoires en Europe, des Maliens rejoignent l’hexagone par voie irrégulière (notamment en traversant la Méditerranée à bord d'embarcations de fortune). En France, certains occupent les métiers les plus difficiles, pendant que d’autres, en fonction de leurs qualifications professionnelles, ont des emplois plus valorisants. Presque tous participent au développement de leur pays, par exemple en construisant des infrastructures dans leurs localités (hôpitaux, écoles, mosquées, châteaux d’eau, puits, électrification…), ou encore, en envoyant des fonds à leurs familles. Leurs contributions sont plus importantes que l’aide publique au développement.

Aïssa MAÏGA (née en 1975) - Actrice

Née à Dakar en 1975 d'une mère sénégalaise et d'un père malien, Aïssa Maïga s'est passionnée très tôt pour le cinéma. Installée à Paris depuis l'âge de cinq ans, elle suit des cours de théâtre et se fait repérer alors qu'elle n'est encore qu'une jeune collégienne. Son premier long-métrage aux côtés d’Yvan Attal en 1996, Saraka Bô, lui permet de convaincre un agent et d’abandonner son travail de serveuse. Son parcours est jalonné de rencontres avec de prestigieux réalisateurs tels que Michael Haneke (Caché en 2003), Claude Berri (L’un reste, l’autre part en 2004) ou encore Cédric Klapisch en 2004 qui lui permet de se faire connaître du grand public avec le succès des Poupées Russes. En 2006, elle joue dans Bamako, rôle pour lequel elle obtient une nomination pour le César du meilleur espoir féminin. La même année elle joue dans Prête-moi ta main aux côtés d’Alain Chabat, qui lui offre quelques années plus tard un rôle dans son film Sur la route du Marsupilami (2012). Elle apparaît également sur le petit écran et reçoit le Prix d’interprétation féminine pour le téléfilm Mortel été au Festival du film de télévision de Luchon (2013). Elle est une des rares actrices noires qui ait réussi à se hisser en haut de l’affiche. Artiste engagée, Aïssa Maïga est notamment la coautrice de l'ouvrage Noire n'est pas mon métier, qu'elle a dirigé. Elle a aussi réalisé un court métrage et deux documentaires.

Amadou Hampâté Bâ (1900-1991) -Ecrivain

Amadou Hampâté Bâ voit le jour en 1900 à Bandiagara, haut lieu du Pays Dogon dans l’ancien Soudan français et actuel Mali. Ce Peul à l’hérédité noble fréquente l’école française mais suit aussi l’enseignement de son maître spirituel Tierno Bokar, qui lui transmet, bien plus que le Coran, son idéal de paix et de tolérance. En 1921, Amadou Hampâté Bâ devient employé aux écritures et côtoie de près, au gré de ses affectations, l’administration coloniale, qui garde un oeil attentif et inquisiteur sur ce poète érudit « diplômé de la grande université de la parole ». Il a pris pleinement conscience de la

nécessité de sauvegarder les traditions orales, c’est-à-dire pour lui ce qui constitue le fondement de la civilisation africaine, afin qu’elles puissent être transmises aux générations futures. Théodore Monod permet à ce « témoin des choses invisibles » d’échapper au pouvoir discrétionnaire de l’administration coloniale en obtenant, en 1942, son affectation à Dakar au sein de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN), dont il assure la direction. Amadou Hampâté Bâ poursuit alors ses enquêtes ethnologiques de recueil des cultures africaines. En 1951, il obtient une bourse de l’Unesco lui permettant de se rendre pour la première fois à Paris et ainsi de se mêler aux milieux africanistes en pleine effervescence. À partir de 1962, il est membre du conseil exécutif de l’Unesco. Il y résume dans un discours le combat de sa vie pour la sauvegarde des traditions orales africaines par la célèbre formule « un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Après les indépendances africaines, il devient ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire auprès de son ami Félix Houphouët- Boigny, c’est d’ailleurs dans le port d’Abidjan qu’il meurt à quatre-vingt-onze ans, alors que paraissent les deux tomes de ses mémoires Amkoullel l’enfant peul (1992) et Oui mon commandant ! (1994). (In, Portraits de France, étude présidée par Pascal Blanchard et coordonnée par Yvan Gastaut, 2021)

Malick Sidibé (1936-2016) - Photographe

Malick Sidibé naît en 1936 à Soloba, un petit village au sud du Mali dans une famille paysanne peule. Il est d’abord berger et cultivateur aux côtés de son père. Scolarisé à l’âge de dix ans, il est remarqué pour ses talents de dessinateur. Il est ainsi admis à l’École des artisans soudanais de Bamako dont il est diplômé en bijouterie en 1955. Cette même année, le Français Gérard Guillat, dit « Gégé la pellicule », qui dirige un petit studio de photographie au centre de Bamako, l’engage comme stagiaire. Il ouvre ensuite son premier studio à Bamako en 1958, le Stidio Malick, puis s’installe en 1962 dans le quartier populaire de Bagadadji, auquel il reste fidèle toute sa vie. Malick Sidibé aime parcourir sur sa bicyclette une ville effervescente qui devient capitale du Mali indépendant en 1960. Il se plaît notamment à photographier, en noir et blanc, la jeunesse lors de soirées animées ou lors d’instants de détente et de convivialité en journée. Il est le reporter de la simplicité du quotidien, devenant ainsi « l’oeil de Bamako ». À partir des années 1970, il privilégie les portraits, souvent en studio. Ses photographies de femmes prises de dos témoignent d’une inventivité artistique remarquée. La reconnaissance internationale vient dans les années 1990 à l’occasion des rencontres photographiques de Bamako. Sa première grande exposition est présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain en 1995. Les expositions collectives ou individuelles dans des galeries ou musées s’enchaînent ensuite en Europe, au Japon et aux États-Unis. En 2003, il est le premier Africain à recevoir le fameux prix international de la Fondation Hasselblad. En 2007, c’est une nouvelle consécration lorsqu’il se voit remis un Lion d’or d’honneur à l’occasion de la 52e Biennale d’art contemporain de Venise. Il reçoit aussi le World Press Photo dans la catégorie Arts and Entertainment en 2009. En 2011, il est fait officier dans l’ordre des Arts et des Lettres en France. Portraitiste hors pair, Malick Sidibé est de ceux qui ont ouvert la voie à la photographie africaine. Il s’éteint à Bamako le 14 avril 2016. (In, Portraits de France, étude présidée par Pascal Blanchard et coordonnée par Yvan Gastaut, 2021)